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Acheter au fenua
Acheter en Polynésie ne ressemble pas à acheter en métropole. Voici ce qui change, et ce qui coûte cher quand on l'ignore.
01
Avant de chercher
Les questions qu'on se pose avant même d'ouvrir une annonce.
Quel budget puis-je réellement viser ?
Trois chiffres, et le troisième surprend. Votre capacité d'emprunt, que votre banque ou un courtier calcule en une heure. Votre apport. Et les frais qui s'ajoutent au prix : droits d'enregistrement, émoluments du notaire, débours.
Si vous n'avez jamais été propriétaire, ces frais peuvent être bien plus légers que vous ne le croyez, voyez la question sur la primo-acquisition. Beaucoup d'acquéreurs se limitent à un budget calculé avec des frais de 7 % alors qu'ils relèvent du taux à 1 %.
Faut-il un accord de la banque avant de visiter ?
Avant de visiter, non. Avant de faire une offre, absolument.
Un accord de principe transforme votre offre : à prix égal, un vendeur choisit toujours l'acquéreur dont le financement est déjà instruit. Et cela vous évite de tomber amoureux d'un bien hors de portée.
Comptez environ un mois pour monter le dossier, un mois pour l'offre de prêt, puis le déblocage des fonds. Environ trois mois au total, contre trois semaines à quarante-cinq jours pour un achat comptant.
Suis-je primo-accédant, et qu'est-ce que ça change ?
Vous l'êtes si vous n'avez jamais possédé de bien immobilier ni de parts de société immobilière, à titre gratuit ou onéreux. Seule exception : une indivision reçue par succession ne vous fait pas perdre cette qualité.
Ce que ça change : vos droits d'enregistrement passent de 7 % à 1 %, jusqu'à quarante millions de francs de votre part du prix, vingt-cinq millions pour un terrain à bâtir. Au-delà, le surplus est taxé au taux normal.
Trois conditions à tenir, et elles sont strictes. Y habiter à titre principal et effectif pendant cinq ans, justificatifs à l'appui. N'en céder ni en louer aucune partie pendant ces cinq ans, louer une chambre suffit à tout perdre. Et en achat à plusieurs, sachez que les acquéreurs sont solidaires d'un éventuel redressement, même s'il ne vise que l'un d'eux.
Dernier point, décisif : l'avantage se calcule acquéreur par acquéreur, sur la fraction du prix qui revient à chacun. Dans un achat à plusieurs, la répartition des parts change donc le montant total des droits. C'est un calcul à faire avant de signer, pas après.
Passer par une société civile immobilière, bonne idée ?
Pour un premier achat destiné à devenir votre logement, presque jamais.
Une société civile immobilière n'est pas une personne physique : elle paie 7 % de droits sur la totalité, sans aucune réduction primo-accédant. Pire, détenir des parts vous retire définitivement cette qualité pour tous vos achats futurs.
La société civile a d'autres vertus (transmission, gestion à plusieurs), mais elles se paient. À examiner avec un notaire, jamais par principe.
02
Pendant les visites
Ce qu'il faut regarder quand on a déjà envie de dire oui.
À qui appartient vraiment le terrain ?
C'est la première question au fenua, et la plus lourde de conséquences. Un titre en indivision non réglée, un morcellement jamais validé, une servitude de passage non écrite : autant de raisons pour lesquelles un bien magnifique devient invendable trois ans plus tard.
Demandez le titre de propriété, le plan cadastral et le procès-verbal du géomètre. Si le vendeur ne les a pas, ce n'est pas rédhibitoire, mais il faudra les obtenir avant de signer quoi que ce soit.
Le bien est-il conforme ?
Demandez le certificat de conformité, et comparez ce que vous voyez avec les plans déposés. Une extension, des combles aménagés, une véranda fermée ou un mur porteur ouvert doivent avoir été déclarés.
Une non-conformité n'interdit pas d'acheter : elle se négocie, se régularise, ou s'assume en connaissance de cause. Ce qui est dangereux, c'est de la découvrir après la signature, ou pire, le jour où vous revendez.
Comment savoir ce qui va se construire à côté ?
En consultant le plan d'aménagement en mairie, avant d'acheter. Une vue dégagée aujourd'hui peut être bouchée demain par une construction voisine, et le bien décoté d'autant.
C'est une démarche gratuite, qui prend une matinée, et que presque personne ne fait.
Que vérifier sur le bruit et le voisinage ?
Repassez à d'autres heures et d'autres jours. Un bien visité un dimanche matin de vacances ne dit rien de la réalité d'un mardi à dix-sept heures.
Parlez aux voisins si l'occasion se présente. Les conflits de voisinage sont l'une des premières causes de revente, et l'un des rares défauts qu'aucun diagnostic ne révèle.
Faut-il se méfier d'un prix anormalement bas ?
Toujours, et il y a presque toujours une raison. En copropriété, un lot bien moins cher que ses voisins, surtout si plusieurs sont en vente dans le même immeuble, signale souvent des charges trop lourdes ou des travaux votés qui arrivent.
Ailleurs, cherchez du côté du titre, de la conformité, de l'accès, ou d'un problème de voisinage. Un vendeur pressé existe, mais c'est plus rare qu'un défaut caché.
03
L'offre et la suite
De la première proposition aux clés.
Comment se construit une offre solide ?
Le prix ne fait pas tout. Une offre solide, c'est un montant, un financement déjà instruit avec son accord de principe, des conditions suspensives claires, un dépôt de garantie, et une date butoir de signature du compromis.
À prix égal, c'est toujours la mieux financée qui l'emporte. À prix légèrement inférieur, une offre comptant bat souvent une offre au prix qui dépend d'un prêt.
À quoi m'engage une offre acceptée ?
Beaucoup plus qu'on ne le croit. Une offre acceptée et contresignée matérialise l'accord sur le prix et sur la chose : c'est le point de bascule.
Un point que beaucoup ignorent : il n'existe pas de délai de rétractation sur la vente immobilière elle-même en Polynésie française. Ce qui existe concerne votre financement, voyez la question suivante. En pratique, on sort d'une opération par la condition suspensive de prêt, pas par une rétractation libre. Faites confirmer ce point par le notaire rédacteur.
Ai-je un délai pour réfléchir après l'offre de prêt ?
Oui, et il est obligatoire. La loi du pays de 2025 impose un délai de réflexion de dix jours sur l'offre de prêt immobilier : pendant les dix premiers jours, vous ne pouvez pas l'accepter, même si vous le voulez. L'acceptation devient possible le onzième jour, et l'offre reste valable au moins trente jours.
Attention à ne pas confondre : ce n'est pas un droit de vous rétracter, c'est une obligation d'attendre. Prévoyez-le dans votre calendrier, surtout si le compromis fixe une date butoir serrée.
La même loi vous donne deux autres droits utiles : choisir librement votre assurance emprunteur, à garanties équivalentes, la banque ne peut pas vous imposer la sienne et doit motiver un refus, et obtenir l'affichage séparé du coût du crédit et de celui de l'assurance.
Quelles conditions suspensives demander ?
L'obtention du prêt, en listant tous les crédits envisagés, leur durée et le taux maximal retenu, un refus sur un seul suffit alors à annuler sans pénalité. L'absence de servitude d'urbanisme grevant le bien. La renonciation de la collectivité à son droit de préemption. Et une situation hypothécaire apurée au jour de la vente.
Selon les cas s'y ajoutent l'obtention d'un permis de construire, comptez alors cinq à six mois, ou le départ effectif d'un locataire avant la signature.
Qui paie les frais, et combien ?
Les droits d'enregistrement sont légalement à la charge du nouveau possesseur, donc de vous, sauf s'il en est disposé autrement dans l'acte. Le taux normal est de 7 % du prix augmenté des charges, ramené à 1 % pour un primo-accédant dans la limite déjà évoquée.
S'y ajoutent les émoluments du notaire et les débours. Demandez le chiffrage exact à l'étude : elle l'établit gratuitement avant la signature. Un achat comptant revient sensiblement moins cher en frais qu'un achat financé.
Combien de temps entre l'accord et les clés ?
Trois semaines à quarante-cinq jours si vous payez comptant. Environ trois mois si vous empruntez. Cinq à six mois si l'opération dépend d'un permis de construire, le temps de l'instruction, de l'affichage et de la purge des recours.
Les clés se remettent le jour de la signature de l'acte définitif. Jamais avant, même contre une promesse, c'est la règle qui protège tout le monde.
Et si je vis en métropole ou à l'étranger ?
C'est courant, et cela fonctionne très bien. Vous pouvez signer par procuration, ou à distance auprès d'un notaire de votre lieu de résidence en liaison avec l'étude qui rédige.
Prévoyez le décalage horaire pour caler les rendez-vous, et comptez sur moi pour les visites, les photos, les relevés de compteurs et les états des lieux. Plusieurs de mes acquéreurs n'ont mis les pieds dans leur bien qu'après la signature.
04
Après l'achat
Ce qu'on découvre une fois installé.
Combien faut-il garder de côté ?
Ne dépensez pas toutes vos économies dans l'acquisition. Les travaux qu'on n'avait pas prévus apparaissent toujours après quelques mois : une réparation, une amélioration devenue évidente à l'usage, un équipement en fin de vie.
Et gardez toutes vos factures de travaux d'amélioration : elles se déduiront de votre plus-value imposable le jour où vous revendrez.
Si je revends dans deux ou trois ans, que se passe-t-il ?
Fiscalement, c'est le pire moment. En dessous de cinq ans de détention, la plus-value est taxée à 50 %. Entre cinq et dix ans, 20 % avec un abattement progressif. Au-delà de dix ans, plus rien.
Et surtout : il n'existe pas d'exonération pour la résidence principale en Polynésie française. La règle métropolitaine que tout le monde a en tête ne s'applique pas ici. Un projet primo-accédant ne se conçoit donc pas à moins de cinq ans, et l'engagement d'occupation vous y oblige de toute façon.
Le vendeur reste-t-il responsable de quelque chose ?
Oui. Il vous doit la garantie contre les vices cachés : les défauts qui rendent le bien impropre à son usage, ou que vous n'auriez pas payé au même prix en les connaissant.
Une clause limitant cette garantie figure presque toujours dans l'acte entre particuliers, mais elle ne protège jamais un vendeur qui savait et s'est tu. D'où l'intérêt, pour vous, de poser vos questions par écrit avant la signature : les réponses engagent.
Il reste une question
Celle qui vous concerne, vous.
Aucune page ne remplace un rendez-vous sur place. Votre bien a une histoire, un titre, un voisinage et une fiscalité qui n'appartiennent qu'à lui.
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Ces réponses sont données à titre d'information et ne constituent ni un conseil juridique ni un conseil fiscal personnalisé. Pour votre situation précise, votre notaire reste l'interlocuteur de référence.